Une double promotion de yokozuna pourrait rejoindre la liste des événements rares récents dans le sumô

Les ôzeki Terunofuji (à gauche) et Takakeishô s'affrontent lors de leur combat éliminatoire du championnat à la fin du tournoi d'été le 23 mai au Ryogôku Kokugikan à Tokyo.

Une double promotion de yokozuna pourrait rejoindre la liste des événements rares récents dans le sumô

Ces dernières années ont été copieuses pour quiconque s’intéresse aux éléments les plus archaïques du sumô.

Alors que les Jeux olympiques de Tokyo 2020 ont connu une période difficile du point de vue des relations publiques, ils ont quand même conduit à la renaissance d’une des cérémonies de sumo les plus rarement vues.

En octobre 2016, lors d’un événement financé par le gouvernement et axé sur les Jeux olympiques intitulé « Оzumo Beyond 2020 Basho », les deux yokozuna Harumafuji et Kakuryû ont exécuté le premier sandangamae vu en 20 ans. Cette cérémonie en trois parties ne s’était déroulée qu’à 24 reprises depuis l’ère Meiji et était normalement réservée aux occasions les plus importantes.

Un an plus tard, Hakuhô et Kisenosato ont renouvelé cette performance lors d’un événement du même nom devant un public invité. Comme une grande partie des billets gratuits en 2016 et 2017 avaient été distribués aux ambassades, aux écoles internationales et aux institutions similaires, c’était également la première occasion pour de nombreux fans étrangers d’assister à cette cérémonie unique.

Yokozuna Kisenosato (à gauche) et Hakuho exécutent une rare cérémonie de sandangamae le 4 octobre 2017 au Ryogoku Kokugikan à Tokyo.
Yokozuna Kisenosato (à gauche) et Hakuhô exécutent une rare cérémonie de sandangamae le 4 octobre 2017 au Ryogôku Kokugikan à Tokyo.

Un autre évènement encore plus rare s’est produit en mars 2020 lorsque le premier yokozuna-ôzeki en près de quatre décennies est apparu dans le banzuke.

C’est l’une des règles les moins connues du sumô qui prescrit que, même s’il n’y a pas d’obligation de l’existence d’un yokozuna, il doit toujours y avoir au moins deux ôzeki dans un banzuke. Si les départs à la retraite laissent le classement à court d’ôzeki, l’un des yokozuna existants couvre normalement les deux rangs jusqu’à la prochaine promotion. C’est exactement ce que Kakuryû a fait durant un tournoi entre la retraite de Goeidô et la promotion d’Asanoyama.

Bien que le sandangamae et le yokozuna-ôzeki soient réapparus ces derniers temps, il est peu probable que certains rites, communs autrefois dans le monde du sumo, reviennent de sitôt. Toutes les différentes façons de départager les vainqueurs d’antan semblent avoir été relégués à la curiosité historique, car tous les combats depuis 1974 se terminent par une victoire pour l’un ou l’autre rikishi. Ont disparus de la même façon les espaces d’hari-dashi sur le banzuke, où les lutteurs de niveau yokozuna ou san’yaku classés troisièmes étaient décalés au-delà de la limite normale de la feuille de classement officiel.

Pourtant, bien que les départages et les rangs en surnuméraire aient été abandonnés, il existe encore une légère possibilité qu’un autre événement rarement vu du sumo soit sur le point de se produire dans un avenir très proche.

La défaite de Takakeishô face à Terunofuji lors des éliminatoires de la dernière Coupe de l’Empereur donne techniquement au jeune ôzeki japonais ce qu’on appelle un équivalent yushô. C’est important, car si la même situation devait se reproduire en juillet avec un résultat inversé, il est concevable que les deux hommes puissent être promus yokozuna en même temps.

Il existe des précédents de deux lutteurs obtenant simultanément le rang ultime du sport, et des doubles promotions de yokozuna ont eu lieu à trois reprises dans l’histoire du sumô.

Le premier de ces cas s’est produit après le tournoi de l’été 1942, quand un score de 13-2 a été suffisant pour voir Akinoumi et Terukuni (les 37° et 38° yokozuna) recevoir la tsuna du yokozuna malgré la présence de deux autres grands champions déjà en place (Futabayama et Haguroyama). Fait intéressant, Terukuni n’avait jamais remporté de titre avant sa promotion, et Akinoumi n’avait qu’une coupe à son actif.

Dans le cadre du système actuel de six tournois par an, les doubles promotions de yokozuna n’ont eu lieu que deux fois – en 1961, Taiho et Kashiwado ont obtenu le feu vert, et neuf ans plus tard, les rivaux Tamanoumi et Kitanofuji ont atteint le sommet du sumô. Ce dernier nom sera familier aux fans actuels, car Kitanofuji, presque 80 ans, est l’un des commentateurs de télévision les plus en vue du sport.

Même si la probabilité semble être encore lointaine que le dix fois champion puisse voir le renouvellement de sa performance en 2021 après un demi-siècle, la double promotion pour Takakeishô et Terunofuji après la rencontre de juillet ne peut être totalement exclue.

Terunofuji – avec trois victoires en Coupe de l’Empereur et deux positions de deuxième au cours des six derniers tournois – est clairement en pole position, et les discussions sur ses chances de promotion par les médias et les acteurs du sport semblent indiquer qu’un autre championnat à Nagoya scellera cet aboutissement.

De même, le silence entourant Takakeishô sur ce sujet signifie que les chances du solide lutteur de Tokiwayama d’atteindre le plus haut rang du sumô avant l’automne ne sont pas très grandes. Plaide en sa faveur le fait que la carrière de Hakuhô est presque à sa fin, et que Terunofuji, avec tout sa brillante actualité récente et dans l’ensemble de ses capacité, aura quand même 30 ans cette année, et qu’il a en plus des problèmes de genou qui pourraient faire dérailler sa carrière de lutteur à tout moment. En comparaison, Takakeishô n’a que 24 ans et pourrait potentiellement maintenir le rang de yokozuna pendant plus longtemps.

Cependant, la promotion comporterait des risques pour le lutteur. Un manque de régularité et une sensibilité aux blessures l’ont déjà fait rétrograder une fois du rang d’ôzeki, et les normes pour les yokozuna sont bien plus élevées. Perdre des combats est inacceptable pour le plus haut rang du sumô et si Takakeishô avait du mal à atteindre un nombre suffisant de victoires ou s’il avait une série de performances similaires à celles de fin 2019 et début 2020, il serait probablement poussé à prendre sa retraite. Cette perspective doit être dans l’esprit du Yokozuna Deliberation Council et des anciens de la Association Japonaise de Sumo (NSK).

Du coup, à moins d’un titre dominateur à 15-0 avec des victoires sur Terunofuji et Hakuhô, il est difficile de projeter Takakeishô pour une promotion de yokozuna après juillet. Compte tenu de la pression du grade et de la menace de retraite forcée à la Damoclès qui pèse sur lui, il vaut probablement mieux que Takakeishô n’ait pas besoin de s’inquiéter de cette question pendant un certain temps encore.

Si le solide ôzeki règne sur le podium en juillet, cependant, nous pourrions voir l’histoire s’écrire…

D’après JOHN GUNNING – JAPAN TIMES – 2 juin 2021

Traduction Dosukoi.fr

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